Le gouvernement indien veut doter le pays d'une production de puces en propre.

Le gouvernement de New Delhi vient d'annoncer le choix des consortiums chargés de construire les deux premières usines de microprocesseurs du pays. Le premier, emmené par Hindustan Semiconductor Manufacturing Corporation (HSMC), comprend STMicroelectronics et le malais Silterra. Le deuxième, conduit par Jaiprakash Associates, inclut IBM et l'israélien Tower Jazz. Chacun des deux projets prévoit un investissement d'environ 3 milliards d'euros. Le gouvernement soutiendra les consortiums par une série d'incitations fiscales. Il octroiera aux deux projets un financement destiné à assurer leur rentabilité, sous forme de crédit gratuit sur dix ans. Les pouvoirs publics indiens passent ainsi à la concrétisation d'un objectif stratégique identifié depuis six ou sept ans. L'Inde est en effet dans un cas de figure paradoxal. D'un côté, le pays est très actif dans la conception et le design des puces électroniques : « Il n'y a sans doute pas dans le monde un microprocesseur dans lequel il n'y ait pas d'une façon ou d'une autre un apport indien », affirme PVG Menon, président de l'India Electronics & Semiconductor Association. Mais le pays ne dispose d'aucune capacité de production en propre.

L'Inde dépend donc entièrement des importations pour des besoins en puces en très forte croissance. Le marché domestique représentait l'an dernier 7 milliards de dollars pour un marché mondial de 300 milliards, «  ce qui est encore très faible », note un professionnel. Mais le potentiel est considérable. Le marché global des produits électroniques, composants et services associés devrait passer de 70 milliards de dollars en 2012 à 400 milliards au début des années 2020, et dans cet ensemble « la part des microprocesseurs devrait bondir de 7 à 55 ou 60 milliards de dollars », souligne PVG Menon.

Effet d'entraînement

Dépendre entièrement d'importations pour un produit aussi crucial pose de gros problèmes à l'Inde. En termes de balance commerciale d'abord, alors que le déficit extérieur du pays est un facteur majeur de fragilité de la roupie. L'Inde, ensuite, est« exposée à un énorme risque sur sa chaîne d'approvisionnement », estime le président de l'organisation professionnelle. Les autorités et l'industrie veulent donc disposer d'une capacité de production domestique, qui devrait avoir un effet d'entraînement dans d'autres domaines. Par exemple, explique PVG Menon, « nous avons un problème crucial de manque de moyens dans l'enseignement. Développer l'enseignement à distance par l'intermédiaire de tablettes bon marché » est une des façons de traiter la question, et disposer de puces domestiques à bas coûts pourra y contribuer.

D'une capacité de 40.000 galettes de silicium (« wafers ») par mois chacune, les deux usines ne répondront pas, néanmoins, à l'ensemble des besoins du pays, d'autant que les puces produites seront de la moyenne gamme, ne convenant pas aux smartphones ou aux tablettes dernier cri. Pour ST Micro, qui se refuse à commenter l'opération à ce stade, ce projet est l'occasion de renforcer sa présence en Inde. Le groupe y est actuellement actif dans la R & D et le design, avec en particulier environ 1.500 personnes à Noida, près de Delhi.

Patrick de Jacquelot, Les Echos